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La construction d'une maquette de bateau ancien est toujours une aventure et un défi. Il y a un parallèle avec la réalisation d'une aquarelle. On part de rien, ou de pas grand chose. Une feuille blanche, quelques pinceaux et godets de couleurs, et une photo comme modèle d'un côté, une poignée de baguettes de bois, quelques outils, de la colle et un plan à l'échelle de l'autre. Pour le passionné de bateaux que je suis, l'objet à créer reste le même dans les deux expressions artisanales.

Les risques sont aussi les mêmes. Un petit geste maladroit peut avoir des conséquences sévères, et plus on avance dans le travail, plus l'enjeu s'élève. Une tache de dernière minute sur une aquarelle, toujours très difficile à masquer car la transparence est l'essence même de cette peinture, ou un coup de lime intempestif sur une coque impeccablement poncée, voilà bien de quoi donner la migraine à l'artisan.

Le facteur temps constitue sans doute la principale différence entre les deux activités. Une maquette comme celle-ci m'a demandé environ 250 heures de travail. Une aquarelle de taille moyenne me prend de l'ordre d'une journée, entre la préparation du support (papier tendu mouillé sur une planche), la mise en place de l'esquisse, et la peinture elle-même.

Mais une fois le travail achevé, la signature posée au bas du tableau ou l'ultime voile de vernis vaporisé sur la maquette, vient cette double satisfaction que procurent la création aboutie et le partage à venir.

Et pour ne pas tomber dans l'autosatisfaction béate un peu ridicule, l'artisan doit avoir le courage d'exposer ses réalisations, et donc de s'exposer aux critiques, les bonnes, en veillant à faire le tri entre la complaisance et la sincérité, ou les sévères, en faisant la part des choses entre la malveillance et la pertinence.

C'est dans cette  démarche que l'artisan puise l'envie de continuer, et la volonté de se perfectionner.

Henri Plaine

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